Ce mercredi 26 août, la chaîne W9 diffusait un documentaire sur le chanteur Renaud, l’un des plus grands artistes de la chanson française. Surnommé par lui-même “l’énervant” pour les causes qu’il a défendu avec ferveur – des droits de l’homme à l’écologie en passant par l’anti-militarisme, l’interprète de Marche à l’ombre a aussi profondément non pas énervé, mais blessé son père.

Renaud est dans le coeur des Français depuis 1968. Depuis plus d’un demi-siècle, ce sont plusieurs générations qui lui témoignent leur admiration sans faille, et le succès est toujours au rendez-vous. Son dernier album, Toujours debout, s’est d’ailleurs vendu à plus d’un million d’exemplaires et sa tournée s’est jouée à guichets fermés. Dans ce documentaire consacré à la vie de Renaud, “Renaud, au nom du père”, les journalistes de W9 reviennent sur les moments forts de l’artiste : la disparition de Coluche, la mort de son frère aîné Thierry, disparu en 2019 ou encore sa plus grande humiliation sur scène. C’était le 30 juillet 1985, à Moscou.

Trois milles personnes du public quittent les gradins !

Ce soir-là, Renaud commence à chanter la chanson de Boris Vian Le Déserteur quand les trois milles personnes du public quittent les gradins. Ce sont des militants communistes russes qui ont organisé la manoeuvre : cette action malveillante a profondément blessé le chanteur et elle restera gravé comme l’un des concerts les plus douloureux.

Le documentaire s’intéresse également aux tout débuts de sa carrière et à la chanson désormais légendaire qui l’a révélé “Crève s****e”. C’était pendant les événements de mai 1968. En ce mois si spécial qui a marqué l’histoire de France, Renaud fête alors ses 16 ans pour exprimer sa colère contre le système capitaliste et patriarcal : “À chaque couplet, je remettais une forme d’autorité : le père, le flic, le curé, le militaire, le prof”, avait raconté l’artiste, interrogé à l’époque sur ce fameux morceau. Mais ce titre provoque une déchirure dans le coeur du père de Renaud.

De son vrai nom Renaud Séchan, Renaud a pour père Olivier Séchan, intellectuel et écrivain qui vit mal le style de vie de son fils. C’est David, le frère du chanteur, qui explique dans le documentaire que leur père est un “homme de lettres, stricte et ombrageux”. “Renaud a commencé à chanter Crève salope et mon père l’a très mal pris !”, a continué David. Un jour en effet, lors d’un repas en famille, Renaud tombe sur le journal intime de son père et découvre que celui-ci a écrit : “Le succès de mon fils me tue”, des mots qui vont perturber l’artiste à jamais.

“Je suis persuadé que si le papa est furieux que son fils lui chante une chanson, ce n’est pas du tout parce que son autorité est remise en cause, c’est parce qu’il va se rendre compte que Renaud, son fils, va être artiste et ne va pas être médecin ou avocat”, estime pour sa part le critique musical, Christian Eudeline.