Jacques Chirac: Alors que le couple présidentiel formé par Emmanuel Macron et son épouse Brigitte, sont actuellement en vacances dans le Var dans la résidence d’été des présidents, le Fort de Brégançon, tous les chefs de l’État ne semblaient pas avoir cet attachement pour cette annexe de l’Élysée.

S’il est de coutume que les président de la République française prennent leurs quartiers d’été dans cette forteresse aménagées pour leurs séjours estivaux, il y a bien un président qui n’avait aucune affinité avec les lieux. Décédé en septembre 2019, Jacques Chirac détestait viscéralement le Fort de Brégançon.

Avant d’arriver à la plus haute fonction, le mari de Bernadette, avait été Premier ministre en 1976. Alors numéro 1 du gouvernement de Valéry Giscard d’Estaing, il s’était rendu dans le fort en compagnie de son épouse sur l’invitation du chef de l’État. Un séjour qu’il aura vécu comme une humiliation, car il se rendait sur les lieux avec la ferme intention de parler du sort de la France avec le président. Mais, ce dernier avait tout fait pour éviter le sujet et c’était selon lui comporté comme un véritable monarque.

Confortablement installé dans un épais fauteuil, il avait invité Jacques Chirac et son épouse à s’installer sur des chaises inconfortables en face de lui. Une attitude qui n’avait pas du tout plus à Jacques Chirac qui en plus avait dû supporter la présence du moniteur de ski personnel de Valéry Giscard d’Estaing. Une invitation qu’il avait vécue comme une véritable gifle, car en invitant quelqu’un qui n’était pas du gouvernement à la table, c’était une manière détournée de refuser la conversation. Il était évidemment impossible pour Jacques Chirac d’imaginer parler de choses d’une portée nationale et de sujets parfois sensibles, devant quelqu’un qui n’était pas dans les secrets de l’Élysée.

Jacques Chirac vivra un deuxième moment pour le moins gênant sur le Fort de Brégançon quelques années plus tard. Alors qu’il se trouve dans la résidence, le yacht personnel du célèbre pilote de Formule 1, Michael Schumacher, se trouve en mer juste en face de la forteresse. Le président décide d’aller sur le balcon pour admirer le splendide bateau. Mais dans la précipitation, il s’est présenté sur la terrasse de sa chambre en caleçon. Un moment qui n’a pas échappé aux photographes qui l’ont mitraillé sous toutes les coutures. Mais bien plus grave encore, quelques instants plus tard, Jacques Chirac réapparaissait sur le balcon complètement nu. Par miracle, grâce à l’insistance de personnes bien placées dans certaines rédactions, les images prises ce jour-là ne paraîtront jamais dans la presse bien que leurs existences ne soient pas un secret. Deux événements qui ont toujours fait dire à Jacques Chirac que le Fort de Brégançon n’était pas son lieu de villégiature préféré.

Si Nicolas Sarkozy, François Hollande et aujourd’hui Emmanuel Macron se sont toujours accommodés des lieux, Jacques Chirac s’était lui écarté de ses traditions et avait pris pour habitude de finalement délaisser le sud de la France pour se rendre à l’île Maurice. Une destination qui lui était chère, mais qui le mettait à 11 h d’avion de la capitale et des dossiers chauds. Des déplacements qui avaient créé la polémique comme lorsqu’en 2000, il était parti sur l’île avec sa femme Bernadette en profitant de jets privés et de somptueux hôtels. Des révélations qui avaient fait grand bruit à l’époque et dont les journalistes sur place n’avaient pas manqué de relayer les moindres détails dans les quotidiens français. Mais Jacques Chirac avait affirmé que tous les frais inhérents à ses déplacements avaient été payés sur ses fonds propres et que l’État, donc les citoyens, n’avaient pas déboursé le moindre centime pour ses vacances personnelles.

Il avouait d’ailleurs sans complexe qu’il s’ennuyait mortellement dans le Fort de Brégançon et que malgré la beauté de cette bâtisse du 13e siècle, ce pied-à-terre présidentiel ne représentait que très peu d’intérêt pour lui. S’il a accepté de passer quand même quelques jours dans les lieux, il précisait que c’était principalement pour faire plaisir à son épouse qui trouvait, elle, la maison charmante et de bon goût. Mais en échange de ces quelques jours passés dans le sud de la France, Jacques Chirac avait trouvé le moyen infaillible de se rendre à l’île Maurice où il aimait passer du temps.

Il avait d’ailleurs trouvé un subterfuge pour le moins intelligent. En effet, le président devait être très prudent, car il avait fait campagne sur le thème de la fracture sociale, et des déplacements onéreux dans des hôtels de luxe en prenant des jets privés n’étaient évidemment pas du goût de certains de ses ministres et des observateurs de l’époque. Il avait dit donc mis en place un plan dans lequel il se rendait d’abord 2 jours sur l’île de la Réunion donc sur le sol français, avant de filer au Royal Palm sur l’île Maurice. Un établissement 5 étoiles au bord de l’une des plus belles plages du monde qui était bien évidemment très différent du Fort de Brégançon.

Une attitude, qui aujourd’hui aurait énormément de mal à passer si on imaginait Emmanuel Macron faisant la même chose. En pleine crise des gilets jaunes, et avec la pandémie du covid-19, il serait totalement impensable de voir Emmanuel et Brigitte Macron prendre un jet privé pour se rendre à l’autre bout du monde afin de siroter des cocktails dans l’un des plus beaux palaces que compte la terre. Il avait d’ailleurs été reproché déjà à Emmanuel Macron de s’être rendu dans une station de ski de Haute-Savoie à La Mongie afin de passer quelques jours avec son épouse, alors que dans le même temps des scènes de violences éclataient dans le cadre du 18e acte des gilets jaunes.

Même s’il avait rejoint immédiatement la capitale, on imagine les conséquences que cela aurait pu avoir s’il se trouvait à 10 h ou 15 h d’avion de Paris. Mais pour Jacques Chirac, visiblement, ce n’était pas un problème et le plus fou, c’est que son capital sympathie n’en a jamais souffert. Que l’on aime ou que l’on déteste le 5e président de la 5e République, Jacques Chirac semblait profiter d’une adhésion de la population dont il a usé à profusion pour finalement n’en faire qu’à sa tête.