Éric Dupond-Moretti: Si la nomination d’un gouvernement n’est pas une chose facile pour un nouveau Premier ministre et pour un président de la République, le dernier remaniement aura pour le moins surpris quelques observateurs avec notamment l’arrivée d’un nouveau venu en politique qui avait fait grand bruit. Si généralement le choix d’un ministre, en dehors de toute compétence, peut-être fait dans un esprit d’apaisement, les observateurs se doutaient déjà que la nomination Éric Dupond–Moretti allait alimenter allègrement la presse.

Il n’aura d’ailleurs pas fallu attendre très longtemps pour que le nouveau ministre de la Justice soit la cible de nombreuses critiques. Dès son premier passage devant l’Assemblée, l’exercice s’était montré particulièrement difficile pour l’ancien ténor du barreau qui avait été copieusement conspué et attaqué de toutes parts. Comme il l’avoue lui-même, l’ancienne liberté de ton que lui conférait son rôle d’avocat totalement indépendant, a aujourd’hui un peu disparu avec sa nouvelle fonction.

Certains observateurs s’amusent donc à reprendre la longue liste des interventions du roi de l’acquittement que ce soit dans la presse, à la télévision ou dans certains ouvrages. Il faut bien avouer qu’Éric Dupond–Moretti est très présent dans les médias ces dernières années. Il ne sait jamais privé pour donner son opinion bien tranchée sur un grand nombre de sujets. Que ce soit à propos des mouvements féministes, de l’état de la justice et du rôle des juges, de la détention préventive, sur le rôle de la presse, mais également sur la corrida et sur la chasse, Maître Dupont-Moretti a largement diffusé ses opinions avec une totale liberté de ton. Aujourd’hui, sa fonction de garde des Sceaux le met parfois dans une situation difficile face à certains interlocuteurs qu’il a pu égratigner dans le passé.

Le sujet de discorde de ces derniers jours, était la préface du livre de Willy Schraen que l’ancien avocat avait lui-même rédigé en traitant certains écolos d’” Ayatollahs “. Des propos qui avaient été très mal perçus par certains membres du parti écologiste, qu’Eric Dupont-Moretti a rencontré, il y a quelques jours, dans le cadre des journées d’été du parti EELV. Une rencontre qui promettait de faire des étincelles, suite aux propos tenus par le nouveau ministre dans la préface de l’ouvrage du président de la Fédération nationale des chasseurs. “ Ce livre, les Ayatollahs de l’écologie s’en serviront pour allumer le barbecue en cuisant leur steak de soja ” écrivait le compagnon d’Isabelle Boulay, il y a quelque temps.

Éric Dupond-Moretti

C’est donc un accueil des plus froid qui était réservé au nouveau garde des Sceaux lors de son arrivée dans le débat des journées d’été d’Europe Écologie-Les Verts. Un samedi 22 août dont les témoins se rappelleront lorsque l’ancien ténor du barreau a été reçu à la porte de Pantin par des militants anti-chasse très remontés. Yannick Jadot a d’ailleurs pris la parole en évoquant directement le sujet de manière frontale en s’adressant directement à son invité : “ Vous verrez qu’il y a des ayatollahs gentils “. Quant au maire de Grenoble présent lors de cette assemblée, il affirme avoir eu l’occasion de s’entretenir avec Éric Dupond–Moretti qu’il l’avait senti passablement énervé. ” Je lui ai parlé de Me Too qui le gêne, de la génération climat qui le gêne, de la demande de justice des quartiers populaires qui le gêne… Il est parti en vrille ! “ affirme Éric Piolle dans le JDD.

Tous attendaient donc la prise de parole du nouveau ministre pour entendre ce qu’il avait à dire sur le sujet. Mais en véritable orateur hors pair, ” Acquittator ” avait bien préparé son sujet : ” Si je suis ici, c’est que je pense que vous n’êtes pas des ayatollahs verts. J’ai mis en cause l’extrémisme, pas vous ! “, avant de rappeler qu’il y avait des extrémistes partout et qu’il y en avait également du côté des chasseurs. Il a ajouté qu’il était également contre la chasse à la glu. ” Je comprends que vous ayez été blessé. J’avais une liberté de ton quand j’étais avocat que je n’ai plus ” reconnaissait l’homme de 59 ans.

En acceptant l’invitation à ce débat face aux militants et aux membres du parti écologiste, l’ancien avocat devait bien imaginer ce qui l’attendait. Sur son compte Twitter, Éric Dupond–Moretti s’était déjà exprimé sur le sujet écologique le 16 août dernier. Peut-être une manière de préparer le débat houleux qu’il sentait venir. ” Ai-je à un seul moment remis en cause la lutte contre le réchauffement climatique comme je peux le lire depuis ce matin ? On peut être contre l’interdiction d’une certaine chasse et défenseur du climat et de la nature, comme je le suis et l’ais toujours été “, avant d’ajouter dans une deuxième publication : “ Je n’ai jamais incriminé les écologistes, mais des ayatollahs de l’écologie. Les premiers sont pour moi bien différents des secondes. Y a-t-il encore de la place pour la nuance et le rassemblement dans notre société ? “.

Lors de sa présence à la réunion annuelle des écologistes, le ministre a été, à de nombreuses reprises, interpellé par des sympathisants avant de rappeler ” Quand j’ai vu ce qu’on disait de mon propos, je ne l’ai pas reconnu “. Avant de préciser ” J’ai répondu à une invitation républicaine. Je suis heureux d’être ici “. Le ministre faisait aussi une annonce concernant une loi qu’il s’apprêtait à soumettre afin que celle-ci soit votée, ” Je mettrai en place une infraction qui reprend tout ce qui est pollution de l’eau, de l’air, pas un crime. Le crime, c’est une définition particulière en droit “. Il défendra donc la création d’un délit qui réprime les atteintes majeures à l’air, à l’eau et au sol. Si certains souhaitaient que ces actes soient définis en crime, l’expert en droit rappelait que cela était impossible.

Questionné également sur les violences faites aux femmes, certains souhaitaient lui rappeler des propos jugés sexistes alors qu’il n’était pas encore ministre. Mais là aussi Éric Dupont-Moretti s’est défendu ” J’ai dit que le mouvement Me too allait libérer la parole des femmes et que c’était positif. J’ai demandé que les femmes soient mieux accueillies par la police quand elles viennent porter plainte pour violence conjugale, j’ai même dit que les salauds devaient être condamnés. En revanche, j’ai dit que la toile ne pouvait être le réceptacle de cette plainte “.

Un débat qui, si au départ a été très tendu et qui n’aura duré finalement que 30 minutes, ce sera finalement calmé grâce à la grande maîtrise et à quelques excuses du nouveau garde des Sceaux qui n’a pas refusé l’affrontement, et qui était visiblement présent dans un esprit d’apaisement.