Cyril Hanouna, l’emblématique présentateur, est aussi le fondateur et le directeur de la société H2O, sa société de production qui fournit un grand nombre de programmes notamment à la chaîne de télévision C8. Dans le procès qui opposait H2O à un ancien employé, un régisseur de Touche pas à mon poste, la société a été condamnée en appel à verser d’importants dommages et intérêts à son ancien employé.

Les faits remontent des années 2013 à 2015, lorsque Christopher Tascon avait été engagé par Cyril Hanouna pour travailler au cœur de sa célèbre émission. À la suite de 15 contrats à durée déterminée, l’employé avait saisi la justice par le biais du tribunal des prud’hommes afin de faire requalifier ces CDD en contrats à durée indéterminée. Si dans un premier temps, l’ancien collaborateur de Cyril Hanouna avait réclamé plus de 200 000 euros de dédommagement pour licenciement abusif, la justice lui avait donné raison mais en lui accordant seulement un peu plus de 40 000 euros. Insatisfait de ce jugement, la société de production H2O avait fait appel de ses décisions et le verdict final dans cette affaire vient d’être connu.

Le jeune homme Christopher s’était fait connaître en 2009 sur TF1 dans la deuxième saison de Mon incroyable fiancé, un concept dans lequel il faisait croire à ses parents qu’il était amoureux d’un autre homme et qu’il souhaitait l’épouser. Dès 2013, il devient régisseur dans Touche pas à mon poste avant que les choses ne tournent mal pour lui. En effet, après plusieurs mois à s’occuper de l’émission, Cyril Hanouna décide de se passer de ses services. Touchant un salaire de plus de 2200 euros brut par mois, Christopher Tascon décide de saisir les prud’hommes en août 2015 en réclamant la somme exacte de 279 362 euros à H2O Production, par un calcul dans lequel étaient inclus la rupture de contrat qui, selon lui, était abusive et les indemnités liées à ce licenciement. Il demandait donc la requalification en CDI de ces 15 contrats successifs à durée déterminée. Le jeune homme affirmait également que ses conditions de travail n’étaient pas optimales et que ses temps de repos n’avaient pas été respectés. Toujours selon sa version, il terminait le travail le jeudi soir à 1 h du matin et reprenait ses activités pour H2O Production le vendredi matin à 10 h. Une période de repos de 9 heures qui est donc en totale contradiction avec la législation en vigueur.

En 2017, le conseil des prud’hommes de Paris avait donné gain de cause à l’ancien employé en lui accordant la somme de 41 500 euros de dédommagement. La société de production H2O et son patron Cyril Hanouna mécontents de cette décision, avaient donc fait appel de ce jugement et le tribunal a finalement accordé à Christopher Tascon une somme de 17 585 euros.

Si en première instance, comme lors du procès en appel, les 15 contrats à durée déterminée avaient bien été requalifiés en un contrat à durée indéterminée, c’est la fonction même de l’employé qui était l’objet de plusieurs discussions. Le tribunal reconnaissait néanmoins qu’il s’agissait d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse, donc abusif. Mais le nœud du problème était de savoir quel était la fonction exacte de Christopher Tascon. Selon lui, son travail était ” régisseur général “, alors que sur son contrat de travail était seulement stipulé ” assistant d’émission “.

L’ancien collaborateur de C8 avait produit plusieurs témoignages dont celui de son successeur Mr Mir, ainsi que de nombreuses pièces comme des e-mails, des fiches de frais, des feuilles de service et bon nombre d’autres documents qui selon lui, prouvaient qu’il occupait un poste à responsabilités. Si dans un premier temps, le tribunal des prud’hommes lui avait donné gain de cause en acceptant comme un fait qu’il occupait bien le poste et les fonctions de régisseur général, la cour d’appel n’a pas été convaincue par les preuves. Cette requalification de l’objet du contrat de travail a donc eu pour effet, de voir les indemnités perçues par Christopher Tascon, réduites de manière très importante.

Un procès pour litige entre employeur et employé qui aura donc duré de très nombreuses années, et qui a finalement connu son épilogue. Ni du côté de l’avocat de Christopher Tascon, ni du côté du conseil juridique de Cyril Hanouna, n’a été fait le moindre commentaire au sujet de cette décision. Le jeune homme de l’époque qui rêvait de travailler dans le monde des médias et avait même l’ambition de devenir acteur, a aujourd’hui complètement changé de parcours professionnel et est devenu agent immobilier dans la région de Nantes. Difficile de se prononcer dans cette affaire pour savoir qui dit vrai, mais le tribunal qui, d’un côté, a donné raison à l’ancien employé, a aussi revu les indemnités demandées au départ à 20 fois moins que ce qu’il espérait à la base, un signe que tout n’était pas aussi clair dans la tête des juges.

Créée en mars 2010, H2O production est véritablement devenue un acteur important du monde de la télévision. Si en réalité, il ne s’agissait pas du premier essai de Cyril Hanouna puisqu’il avait déjà créé, en décembre 2007, la société F2H pour produire ou coproduire les émissions de divertissement auxquelles ils participent, H2O Production a une taille beaucoup plus importante. Le célèbre animateur de C8 s’était d’ailleurs, dans ce business, associé au groupe Bolloré qui est majoritaire à 51 % via la filiale Havas. Alors que le produit principal de H2O était tout d’abord Touche pas à mon poste, diffusé à l’époque sur France 4, d’autres émissions ont vu le jour notamment sur Direct 8 ou sur Comédie +. C’était donc Cyril Hanouna qui était derrière des programmes comme La fausse émission de Philippe Gildas, mais aussi la production des épisodes télédiffusés du Palmashow.

Finalement en septembre 2019 après s’être déjà séparé d’une partie importante de ses avoirs, Cyril Hanouna vendra ses 5 % de parts restantes à un autre groupe qui détient, dorénavant 100 % de la société. Ce procès aux prud’hommes aura donc été une mauvaise publicité pour le célèbre animateur de C8 et son ancienne société de production, mais est également le genre de conflit typique qui peut arriver au sein d’une société de télévision. En effet, dans ces années-là, il était très courant d’avoir recours à de nombreux CDD et de ne pas s’engager pour une période indéterminée. La saisonnalité des émissions et le risque du manque d’audience rendaient les productions assez frileuses à s’engager sur le long terme.